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Episode 09 : le Tibet (1ère partie)

En 1995, pour aller au Tibet, soit vous preniez l'avion, soit vous alliez à Golmud, ville minière de la province du Qinghai, et surtout point de départ des bus pour Lhassa, en passant par le col de Tanggula (5231 m). Photo ci-dessus : petit arrêt pipi sur la route, on voit les montagnes au loin, on va vers elles. Je me souviens de m’être réveillé au milieu de la nuit pendant cette traversée, on ne voyait absolument rien, mais on sentait clairement le bus qui glissait sur une plaque de verglas... j'ai préféré me rendormir. Le voyage est long, le guide indique qu'il prend au minimum 30 heures, mais qu'il n'y a pas de maximum... Après un jour et demi de route, et de multiples points de contrôle des papiers et des voyageurs, j'arrive à Lhassa.

Depuis 2006 il est possible de faire ce trajet en train, dont certaines voitures sont pressurisées. En 2018, le Tibet a reçu plus de 34 millions de touristes, majoritairement chinois, contre seulement 28 000 en 1994. La population tibétaine est d'environ 8,5 millions, dont 6,3 millions vivent en Chine, mais ils ne sont que 2,7 millions dans la région du Tibet. Voilà, je vous laisse imaginer ce que ça représente : 34 millions de touristes / 2,7 millions de Tibétains. Vous pouvez donc oublier vos images de Tintin au Tibet, désolé de casser ce mythe. Si vous êtes sensible, je vous conseille même de ne plus lire les textes, et de vous contenter de regarder les photos...

A mon arrivée, on compte environ une trentaine de "touristes" (j'entends occidentaux, il n'y a pas encore, à l'époque, de tourisme intérieur) : je retrouve le couple d'Anglais croisé à Ürümqi, un Japonais, un Allemand, une Italienne, trois Australiens un peu fous, un Français un peu étrange (je veux dire, un autre que moi ;-), ... La ville est petite, les hôtels autorisés à recevoir des étrangers sont peu nombreux, idem pour les restaurants, on se connait tous assez rapidement, d'autant que la plupart sont assez sympas, on s’échange des infos, potins, conseils. Il faut préciser qu'il est à l’époque très difficile de savoir ce qui se passe vraiment en Chine. La presse officielle est peu crédible, la presse clandestine s’échange sous le manteau, et de toute façon est en tibétain, pas en anglais. Internet n'existe pas. Bref, au cœur du Tibet, nous sommes coupés du monde extérieur.

En décembre 1995, le climat politique semble apaisé, c'est sans doute pourquoi les autorités ont laisser rentrer autant de voyageurs, mais il ne faut pas se fier aux apparences, tout est surveillé. Les déplacements des étrangers sont notés, de même, bien évidement, que ceux des Tibétains. Ainsi des policiers passent quotidiennement dans les hôtels pour contrôler le carnet de présence. La rumeur affirme que des micros sont placés dans les hôtels, restaus - aucune preuve sur ce point. Par contre, ne me dites pas que les caméras de surveillance installées dans les rues de Lhassa (par exemple dans la photo ci-dessus, en haut à droite) sont là pour surveiller la circulation, qui se résume, on le voit bien, à quelques rickshaws et vélos. Il passe bien une jeep ou un bus de temps en temps, mais on compte très peu de voitures à Lhassa. Je suppose que de toute façon, celles qui circulent appartiennent à des cadres du parti communiste. Il faut présenter un permis pour acheter du carburant.

Voici le cœur spirituel du Tibet : le temple de Jokhang. Ce temple n'est pas anodin, c'est le premier temple bouddhiste construit au Tibet, c'est un lieu de pèlerinage depuis des siècles. Depuis 2000, il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre de l'« ensemble historique du palais du Potala ». Le Potala, c'est tout simplement l'ancien palais d'hiver du dalaï-lama, qu'il n'a pas revu depuis son départ clandestin vers l'Inde le 17 mars 1959. Comme vous le constatez, les battements du cœur du Tibet sont méthodiquement auscultés par la police chinoise. C'est souvent d'ici que le cœur s'emballe, qu'un cri indépendantiste jaillit, qu'un drapeau interdit surgit, que la pression monte... La police intervient alors très rapidement et calme le cœur à coup de matraques.

Comprenant sans doute qu'il n'arrivera pas à faire disparaitre la culture tibétaine par les armes, le pouvoir chinois tente de la noyer dans la culture chinoise, sa société de consommation, son mode de vie, sa musique, ses salles de billards, karaokés, bars, restaurants, ... Au niveau architectural, c'est flagrant. Le contraste est énorme entre les maisons traditionnelles en pierre, avec des murs épais et des petites ouvertures, et les nouveaux bâtiments en verre, métal, laine de verre et climatiseurs. Peu à peu les quartiers périphériques sont grignotés, rasés, pour laisser place aux nouveaux arrivants. En Chine il n'existe pas ce souci de préserver le patrimoine, sauf bâtiment exceptionnel. Lors de la révolution culturelle (1966-1976), le Potala fut sauvé de la destruction grâce à l'intervention de Zhou Enlai (Premier ministre de la République populaire de Chine). De nombreux monastères n'eurent pas cette chance, comme par exemple Ganden. Les anciennes constructions sont détruites sans aucun état d’âme, et vive le progrès, le neuf, le clinquant... Ceci est valable au niveau national, pas seulement au Tibet. L'ironie de l'histoire c'est qu'ensuite ils construiront des faux quartiers traditionnels, décors de parcs d'attractions destinés au tourisme.

Les premiers jours je visite Lhassa tranquillement, le temps de m'acclimater à l'altitude, puis les monastères environnants : Sera, Drepung, puis un peu plus lointains : Ganden, Samyé, et enfin, nous en parlerons plus tard, les villes de Gyangzê et Shigatsé. Pour ces visites en dehors de Lhassa, nous formons de petits groupes de 2 à 5 personnes, selon les envies de chacun. C'est ainsi que je voyage assez souvent avec Dona (diminutif de Donatella), l'Italienne, nous nous entendons assez bien.

Le Monastère de Samyé est le premier monastère bouddhiste construit au Tibet, vers l'an 779. Il se situe à environ quatre heures d'autobus de Lhassa, à 120 km au sud-est, vous pouvez en conclure que la vitesse moyenne sur les route est de 30 km/h. La disposition du temple avec un sanctuaire principal au milieu (toit doré) et quatre sanctuaires de différentes couleurs aux points cardinaux, et le tout entouré par un mur circulaire, représente l'univers bouddhiste comme un mandala en trois dimensions. Ce monastère fut quasiment détruit pendant la révolution culturelle. Ce que vous voyez est donc la reconstruction du monastère.

Voici le monastère de Ganden : il est situé à 36 kilomètres au nord-est de Lhassa, à une altitude de 3 800 mètres. Il a été fondé en 1409 par Tsongkhapa, professeur vénéré et fondateur de la branche Guéloug (les bonnets jaunes) du bouddhisme tibétain, la branche principale, qui est aussi celle du Dalaï Lama. En 1966, lors la révolution culturelle, le monastère est saccagé par les gardes rouges. Ils tentent de le détruire a coups de pelles, mais les murs tibétains sont épais pour résister aux conditions climatiques extrêmes, alors ils lancent des grenades, puis tentent de le pilonner à l'artillerie pour finalement le faire bombarder par des avions de chasse.
L’éducation est, comme partout dans le monde, la base de la société. Je ne l’ai pas encore signalé, mais en chinois, Tibet se dit Xizang. Parler du Tibet c'est déjà un acte de résistance, puisque ce n'est pas le nom officiel de la région. La Chine instaurera au Tibet un système éducatif laïque à partir des années 1950. Sans surprise, ces écoles primaires chinoises sont des instruments de propagande communiste anti-tibétaine. Les écoles "tibétaines" existent, mais sont moins nombreuses et disposent de moins de moyens (voir ci-dessus). Pour trouver du travail, les Tibétains doivent parler le chinois en 2eme langue, alors que les Chinois ne s'encombrent pas du tibétain, et se tournent vers l'anglais. Selon un recensement de Pékin en 2000, le taux d'alphabétisation est de 50 % au Tibet, alors qu'il est de plus de 95 % en Chine. "L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde." disait Nelson Mandela. Le manque d’éducation est aussi très utile pour surtout ne pas le changer, pourrait-on ajouter.

Sur le plan économique, la situation n'est guère brillante. Je ne dispose pas de chiffres, mais juste de mes simples observations (qui sont peut-être fausses, ou incomplètes, je le reconnais) : le commerce repose sur des petites boutiques, marchands ambulants, épiceries familiales, sans aucun rapport avec les grands magasins vus précédemment à Ürümqi, sans parler des centres commerciaux et boutiques de luxe que je verrai ensuite dans les grandes villes chinoises (Chengdu, Shanghaï, Pékin). Le tourisme n'est pas encore très développé (le train n'arrivera qu'en 2006). Les Chinois sont invités à venir s'installer au Tibet, qui est encore vu, à l’époque, comme un enfer, une sorte d’équivalent de la Sibérie, un lieu où on ne va que forcé, une zone où l'on envoie les prisonniers politiques en camp de rééducation. Ceux acceptant de venir ont ainsi le droit d'avoir un 2e enfant, ce qui constitue un privilège au pays du contrôle des naissances et de la politique de l'enfant unique. Je crois qu'ils ont aussi des exemptions fiscales, et des terrains à prix symbolique, comme au bon vieux temps de la "colonisation civilisatrice" du far-west. Car il s'agit ni plus ni moins que de colonisation de la région.

De même, puisque l'on parle de contrôle, du côté des monastères, il est de notoriété publique qu'ils sont tous infiltrés par des moines-espions qui surveillent tout ce qui s’écarte de la ligne officielle. Certains Tibétains jouent aussi le jeu du parti dans le but d’améliorer leur situation personnelle, trouver un travail dans l'administration, avoir un logement moderne, ... Bref, la parano prévaut. Ici comme ailleurs, la robe ne fait pas le moine.

Dans sa main, cette jeune nonne tibétaine porte une baratte (pour les plus jeunes, c'est un outil qui permet de transformer la crème de lait en beurre). Mais, vous demandez-vous, pourquoi se promener avec une baratte ? C'est tout simplement pour préparer le thé traditionnel, au beurre de yack. (Note pour les experts ou les biologistes : le beurre de yack n'existe pas, il faudrait plutôt parler de beurre de dri - la dri est la femelle du yack. De la même façon qu'on parle de lait de vache, jamais de lait de bœuf ;-). Bref, toujours est-il que la coutume et le protocole indiquent que le visiteur doit être accueilli par trois tasses de thé au beurre (po cha). Perso je n'ai jamais bu plus de trois gorgées symboliques, malgré toute ma sympathie pour les Tibétains, je le trouve trop écœurant pour moi, le beurre est souvent rance, très salé, dans du thé noir souvent très fort... Vraiment pas ma tasse de thé.
L'agriculture dans l'ancien Tibet était dominée par l’agriculture de subsistance. Dans les années 1960, les autorités chinoises ont forcé les agriculteurs tibétains à cultiver le blé, à la place de l'orge (qui est la récolte traditionnelle dans la région de l’Himalaya). C'est beau la planification, sauf que le blé ne pousse pas en altitude... Les moissons ont échoué et des milliers de Tibétains sont morts de faim.

Et voici maintenant notre séquence météo : en ce début du mois de décembre 1995, le temps est dégagé, il fait bon en journée, mais les nuits sont glaciales. Il n'y a pas de neige, ni dans les rues, ni sur les sommets (à part quelques-uns, plus au sud). En fait, la chaîne de l'Himalaya arrête la plupart des nuages chargés de pluie (ou de neige), qui se déversent sur l'Inde et le Népal. Le temps au Tibet est plutôt sec et froid, l'air est pur et, du fait de l'altitude, le ciel est d'un beau bleu profond (voir la photo des 5 moines un peu plus haut).

La vie poursuit son cours tranquille, mais on sent une légère tension dans l'air, sans pouvoir l'expliquer. Les militaires de l'armée de libération du peuple (nom de l'armée rouge), sont de plus en plus visibles en ville. Sur les routes ce sont des convois de dizaines de camions bâchés que nous croisons. Et puis un jour une rumeur circule dans la communauté étrangère : une violente tempête de neige arrive, et risque d'isoler le Tibet pour de longs mois. Il faut partir de toute urgence si on ne veut pas être coincé. Cette information est également publiée dans les journaux en anglais. En deux jours la plupart des visiteurs étrangers s'en vont, il n'en reste qu'une poignée, ainsi qu'un médecin d'une ONG, à Lhassa de manière permanente. Ce médecin, en contact étroit avec la population locale, est le mieux informé de la situation réelle. Il me fournira des tuyaux en douce, hors des cafés - il était un peu parano, sans doute pour de bonne raisons. J'imagine que s'il était pris à avoir des activités "politiques", sa mission était annulée sur le champs, et lui expulsé. Au final, il n'y a pas eu de tempête de neige dans les jours qui ont suivi, par contre, sur le plan religieux, une catastrophe se préparait... (la suite au prochain épisode...)


PS : Je tiens à demander aux Chinois de m'excuser. Je sais bien qu'ils ne sont pas des monstres. Quand dans ce texte je parle des "Chinois", c'est pour ne pas à avoir à écrire à chaque fois "le parti communiste chinois", ou "l’armée de libération du peuple", ou encore "l'Assemblée nationale populaire, le Président et le Conseil des affaires de l'État de la République populaire de Chine". C'est un raccourci de langage, pas plus. Je ne vise absolument pas la population chinoise, qui, elle aussi, souffre des décisions de ses dirigeants.
N'oubliez pas que tout ce qui est écrit dans cette page est mon témoignage sur mon voyage fait en novembre/décembre 1995, et que tout a beaucoup changé depuis...
Si vous avez des commentaires, questions, infos, ... n’hésitez pas !
La bise à tous mes éventuels lecteurs chinois, tibétains, et aux autres aussi. Kalichou !

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